Bokken
Hier soir, j’ai escrimé et brisé tous mes bokken sur mon poteau d’entraînement. Heureusement, j’avais décidé de porter mes gants et mon masque “juste au cas”.
Le premier a résisté pas mal. Mon bokken des Duellistes, une reproduction en bois d’une épée longue, était très solide malgré son âge! Le second, l’estramaçon, n’a résisté qu’un seul coup pour voler en éclat. Mon poteau d’entraînement est bien entammé à présent et cela m’a décroché un sourire de satisfaction je dois dire.
Nous vivons dans un système ou la touche n’est pas permise, n’est pas souhaitée. Que ce soit dans notre formation ou, métaphoriquement parlant, dans la société en général. Se mettre en colère, se défouler devient une besogne vile à laquelle nul ne veut s’astreindre. Pourtant, cela fait partie de notre humanité. Y renoncer revient à mettre de côté une partie de ce que nous sommes: des Hommes.
Alors hier soir, j’ai décidé de toucher.
J’ai décidé que je cesserais de me faire toucher et de frapper avant de recevoir des coups. C’est une révolution pour moi.
L’escrime n’est pas seulement un sport ou un art. C’est aussi un mode de vie, mais surtout un mode de pensée. Escrimer en visant constamment la touche doit être ce qui occupe notre pensée lorsque nous avons une épée à la main, mais pas uniquement. L’escrime permet à l’esprit de se focaliser sur un élément et tous les éléments à la fois qui sont présents dans notre environnement.
Hier soir, lorsque, épuisée après avoir touché solidement mon mât d’entraînement avec mes bokken, je me suis assise au sol pour reprendre ma respiration. Un grand calme était présent autour de moi. Je sentais la terre humide sous mon corps et les étoiles scintiller dans le ciel. Il me semble que tout m’apparaîssait plus harmonieux tout à coup. C’est ça aussi l’escrime pour moi: une façon d’harmoniser les éléments et de les sentir…
Biensur, vu que j’ai frappé avec grande force, j’ai les pouces et les mains sensibles ce matin. Mais je recommencerais cela n’importe quand.