En ce beau dimanche matin, je m’octroie une pause dans mon examen doctoral. Lundi, le comité d’évaluation composé de 4 professeurs va se pencher sur les deux parties écrites remises respectivement le 18 mars et le 19 mai 2009. J’aurai un premier résultat cette semaine sans doute. Si je réussi, je pourrai préparer mon dernier volet, l’oral de l’examen qui durera deux heures à présenter devant le comité. Inch’Allah comme on dit.
Je me repose. Donc je lis sur l’escrime.
Eiji Yoshikawa a écrit: “La Pierre et le Sabre”. Il y parle de Musashi, un samouraï japonais de 1645. Ce samouraï et maître d’armes a écrit le Gorin no Sho, ou livre des Cinq Roues (cinq anneaux ou encore cinq cercles selon la traduction). Ce traité escrimal aborde l’art de la guerre, le maniement des armes, dont le Katana et le Wakisahi dont Musashi était passé maître au maniement. Le wakisashi étant un katana plus court. L’histoire de Musashi a marqué le Japon féodal et son traité est instructif.
Le traité des cinq roues: http://abrahami.free.fr/ebooks/Trait%E9%20des%20cinq%20roues.pdf
Quelques phrases à méditer issues du traité:
“Avant tout, ne manipulez le sabre qu’avec la ferme intention de pourfendre votre adversaire”
“L’important dans la tactique est de connaître le sabre de l’adversaire, mais de ne pas regarder du tout ce sabre adverse.”
“Rendez votre esprit indécelable par les autres. Tous ceux qui possèdent un corps petit doivent avoir en esprit tout ce qui se passe dans un corps grand”
“L’essentiel dans la tactique est de voir ce qui est éloigné comme si c’était proche et de voir ce qui est proche comme si c’était éloigné”.
“Mouvement des pieds: bien qu’il y ait de grands pas ou de petits pas, des pas lents ou rapides, selon les cas, il faut toujours être comme en marche normale. Les trois plus mauvais mouvements sont: jambes toujours en l’air, jambes molles et pieds fixes”.
“Il y a cinq façons de se mettre en garde: sabre au-dessus de la tête, sabre dirigé en face de soi, pointe du sabre dirigé vers le bas, sabre dirigé vers la droite, sabre dirigé vers le côté gauche.”
“Que vous soyez dans n’importe laquelle de ces cinq positions ne pensez jamais que cela est pour vous mettre en garde, mais que c’est uniquement pour pourfendre.”
Cette partie là est très instructive pour moi, tout simplement parce que j’ai tendance à escrimer non pas pour pourfendre mais pour échanger et apprendre. C’est une erreur stratégique majeure je crois. Il faut que je conserve à l’esprit que dès que j’appose mes mains sur mon arme, mon seul but doit être de pourfendre l’autre… c’est une tactique fondamentale je crois que je ne possède pas. Voilà pourquoi je suis constamment en réaction et peu en action.
“Dans notre école, dès l’entrée on exerce la Voie en ayant constamment les deux sabres en main. C’est là la caractéristique de notre école. Lorsque nous rencontrons la mort en cours de
combat il vaut mieux que ce soit en utilisant toutes les armes dont nous disposons. Il est contraire à notre principe de mourir avec une arme inutilisée à notre côté.”
cette phrase est oh combien empreinte de bon sens.
“Même au plus fort de la mêlée d’une bataille, il faut rechercher les vérités de la tactique et bien réfléchir afin d’atteindre l’esprit immobile.”
Là, je rigole franchement, car je connais de nombreux compagnons d’armes qui considèrent que lors d’un combat, ni la technique, ni la tactique ne prévalent. C’est la force du combattant qui va lui permettre de remporter une mêlée. Personnellement, je trouve ceci ridicule. Je considère que seul le combattant qui a développé l’art de manier son arme en toutes circonstances a un avantage sur les autres. Cela vient par la pratique, l’observation et l’auto-correction je pense. Je ne crois pas que la force musculaire a un quelconque effet face à une lame agile qui devient intouchable mais qui désire estoquer à tout prix. Lorsque l’on applique avec force un coup, mon maître d’armes soulignait combien la parade la plus efficace est l’évitement par déplacement du corps et la riposte. Il a raison. Les japonais sont généralement de petite taille… et pourtant ils possèdent une grande force… alors de quoi parle-t-on ici, de force musculaire? Biensur que non. Il s’agit d’une force de l’esprit, d’une capacité à harmoniser et à concentrer notre énergie vers un seul point…
Je me souviens aussi des leçons reçues: ne pas m’attarder à l’arme de l’autre, mais me concentrer sur son coeur… sur sa poitrine, observer ses déplacements, déchiffrer ses intentions… Musashi va plus loin ici en soulignant combien notre propre esprit doit être infranchissable, opaque à toute lecture de notre adversaire… pour ne pas révéler notre jeu escrimal. C’est passionnant. Je suis très loin de ça en ce qui me concerne. Il me faudra encore pratiquer sans relâche pour approcher cela. hum.
“En discernant les intentions de l’adversaire et en utilisant des rythmes variés on obtiendra la victoire d’une façon ou d’une autre.”
“Une fois que l’on tient un sabre le but à atteindre est de pourfendre l’adversaire de quelque façon que ce soit. Même si l’on intercepte, cingle, érafle, colle et cogne le sabre adverse qui s’apprête à nous pourfendre, tout est occasion de pourfendre l’adversaire. Sachez bien cela. Si vous pensez à intercepter, cingler, érafler, coller et cogner le sabre de votre adversaire alors vous manquerez de le pourfendre. Il est important au contraire de penser que tout est moyen de pourfendre.”
“Lorsque nous nous apprêtons à attaquer, l’adversaire se recule vite et reprend rapidement sa tension. Dans un tel cas, feignez d’attaquer. Alors, l’adversaire sera tout d’abord en tension mais il se relâchera ensuite. A ce moment-là il faut attaquer sans délai.”
“cherchera à vite reculer, à vite se dégager, ou bien à vite se débarrasser du sabre adverse en le cinglant. Dans ce cas, il faut élargir corps et esprit, manier le sabre après le corps, lentement et comme le flux.”
Ceci vient en contradiction directe avec ce que j’ai appris où, selon les manuels européens, lorsque l’escrimeur est trop proche de toi et que tu as une épée longue, il est possible d’entrer en lutte. Ici, le maître japonais nous enseigne à maîtriser l’art du maniement de l’arme en combat rapproché également. En ce sens, il ne faut pas se désaisir de notre épée, mais savoir la manier même dans un combat rapproché.
“Lorsque votre sabre et celui de votre adversaire sont de même force et bloqués, dans leur enchevêtrement il est important de toujours rechercher à piquer le visage de votre adversaire de la pointe de votre sabre. Si vous recherchez à piquer son visage, alors il rejettera sa tête et son corps en arrière. Si vous parvenez à ce que votre adversaire rejette sa tête et son corps en arrière, alors vous aurez plusieurs occasions de parvenir à la victoire.”
Ça, c’est génial, car en combat, lorsque je ne vois plus d’ouverture, j’ai tendance à reculer et à reprendre une garde. Mais Musashi me convie à tout autre chose: tenter de piquer l’autre au visage pour amener chez lui un réflexe d’évitement. C’est brillant, car durant cet évitement, il est vulnérable et je peux l’estoquer.
“Au centre d’une mêlée
Je veux parler ici du cas où vous êtes seul face à plusieurs adversaires. Tirez votre sabre et votre petit sabre et mettez-vous en garde en étendant largement et à l’horizontale vos sabres de chaque côté de votre corps. Même si vos adversaires vous attaquent sur quatre côtés cherchez à les pourchasser dans une seule direction. Sachez bien discerner parmi vos adversaires les premiers attaquants de ceux qui suivent et passez à la contre-offensive vivement en commençant par ces premiers attaquants.”